Depuis le mois de décembre, les agriculteurs, et en particulier les éleveurs, se mobilisent dans toute la France, souvent hors de tout cadre syndical. Je me suis rendu à plusieurs reprises au point de blocage du col de Fau (Isère) pour échanger avec les paysans présents, constitués en associations « Les Ultras de l’A51 », notamment le 23 décembre 2025 et les 4 et 5 janvier 2026.
Les raisons de cette colère agricole sont nombreuses : chute des revenus, PAC (politique agricole commune) injuste, abattage total des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire bovine, marges injustifiées de l’agro-alimentaire et de la grande distribution et bien sûr traité de libre-échange UE-Mercosur. La coupe est pleine : de toutes parts, les politiques de libre-échange, la concurrence exacerbée et une répartition de la valeur ajoutée alimentaire totalement défavorable aux agriculteurs fragilisent depuis des années déjà nos agriculteurs. Ce libéralisme sans limite a déjà largement tué notre agriculture vivrière et fortement réduit notre souveraineté alimentaire.
L’obstination libre-échangiste de l’Union européenne à vouloir conclure un traité avec le MERCOSUR, qui regroupe des puissances agricoles majeures ne respectant pas nos standards de production, est le coup de trop. Mobilisé de longue date sur le sujet, j’ai pris part à toutes les formes de mobilisation contre ce traité et soutenu toutes les initiatives parlementaires : tribune de 600 parlementaires français à Ursula von der Leyen contre le traité en 2024, interpellations du gouvernement ou encore vote d’une résolution du Sénat en décembre pour demander de saisir la Cour de Justice de l’UE sur le sujet pour bloquer l’accord. Nous demandons depuis des années l’arrêt des négociations et le renoncement à cet accord. Maintenant que la Commission européenne s’apprête à le signer, la France doit impérativement réunir une minorité de blocage au sein de l’UE en convaincant suffisamment d’Etats, comme l’Italie et la Pologne, de s’opposer à cet accord délétère.
Plus récemment, l’épidémie de dermatose nodulaire bovine, dont la propagation rapide vient aussi du libéralisme généralisé et du changement climatique (qui a introduit cette maladie auparavant inexistante en France) est venue encore accentuer la crise agricole. Alors que les agriculteurs devaient déjà protéger au mieux leurs troupeaux, gérer les démarches administratives pour obtenir des indemnisations lors de pertes de leurs cheptels et endurer le deuil de leurs animaux, la réponse du gouvernement est totalement inadaptée. En obligeant à abattre l’entièreté des troupeaux dès qu’un cas de dermatose est détecté, l’Etat a accentué les drames économiques, sociaux et humains chez les éleveurs, et cela n’a pas permis d’endiguer l’épidémie. En réalité, cette stratégie n’est pas motivée par des motifs sanitaires, mais par la volonté de conserver des licences d’exportation en ne vaccinant pas massivement le cheptel, car cela ferait perdre à la France son statut indemne. Encore une fois, le libre-échange nous fait marcher sur la tête…
Dès l’arrivée de l’épidémie en France en juillet, je me suis rendu auprès des agriculteurs touchés pour échanger avec eux et formuler des demandes à la ministre de l’agriculture. J’ai réitéré ces demandes en décembre, toujours en vain pour l’instant. Je continuerai à me mobiliser sur ce sujet et organiserai le 20 février prochain au Sénat un colloque sur les épizooties, ces épidémies animales qui se multiplient avec le changement climatique et la mondialisation. Plus que jamais, il nous faut renforcer la recherche scientifique pour mieux connaître ces maladies et les combattre, mais aussi et surtout revoir totalement notre modèle agricole pour éviter que ces phénomènes ne s’amplifient.
Sur la question essentielle de la répartition de la valeur dans l’agriculture et l’alimentation plus généralement, les trois lois EGALIM adoptées sous l’ère Macron, censées répondre à ces enjeux, n’ont apporté que des changements mineurs. Au lieu de dispositifs techniques complexes et à la portée très limitée, nous ne cessons de demander, comme le réclament les agriculteurs, la fixation d’un prix plancher pour chaque produit agricole, incluant les coûts de production et la rémunération des producteurs. Ma collègue écologiste députée de la Drôme Marie Pochon a fait adopter ce texte à l’Assemblée nationale en 2024, mais le Sénat et le gouvernement continuent de s’y opposer. Pour continuer à mettre en avant ce sujet, ma collègue sénatrice écologiste Antoinette Guhl vient de lancer une commission d’enquête sur les marges de la grande distribution, qui atteignent des niveaux de plus en plus indécents.
Enfin, des problématiques plus spécifiques à certains types d’agriculture, notamment l’agriculture de montagne et l’agriculture biologique, sont également mentionnées dans les points de blocage paysans. L’indifférence, voire le mépris, dont sont victimes les agriculteurs de montagne et ceux produisant en bio, abandonnés par les politiques publiques, menace de tuer ces filières pourtant essentielles. Sur ce terrain aussi, je me mobilise sans relâche depuis le début de mon mandat, par exemple à travers un colloque sur l’agriculture bio l’an dernier et à travers de nombreux courriers et interpellations du gouvernement sur les enjeux spécifiques à ces filières.
Ainsi, les causes de la crise agricole actuelle, et les réponses à y apporter, sont connues depuis longtemps. Pourtant, la FNSEA, principal syndicat agricole, et le gouvernement refuse totalement de remettre en cause le modèle actuel, pourtant en plein effondrement. La droite sénatoriale fait de même : même si elle dit s’opposer au traité avec le Mercosur « en l’état », elle l’a soutenu pendant des années et ignore toutes les autres problématiques. Son soutien aux agriculteurs n’est qu’une façade. Comme en 2024, lors de précédentes mobilisation agricoles, la FNSEA, le gouvernement et les droites (macronistes, LR ou Rassemblement national) espèrent réorienter la contestation contre les normes, accusées de tout les maux.
Si une simplification de certaines démarches administratives est certes nécessaire pour laisser aux agriculteurs le temps de faire leur métier, la dérégulation à tout va, accélérée par la loi Duplomb et la loi d’orientation agricole (LOA) votées l’an dernier, ne font qu’encourager la concurrence sauvage et l’empoisonnement des agriculteurs et des consommateurs à grand coups de pesticides. La crise agricole totale que nous vivons impose un changement de modèle complet : relocalisation, arrêt du libre-échange, prix minimums garantis, révision des aides pour encourager les petites exploitations et le bio, nouvelle doctrine sanitaire, révision de la répartition de la valeur… Autant de chantiers sur lesquels les écologistes se tiennent aux côtés des agriculteurs depuis des années. Vous pouvez compter sur la poursuite de ma mobilisation sur tous ces sujets en 2026.
