Voilà trois ans que tout le secteur énergétique en France attendait une feuille de route claire pour les années à venir, jusqu’en 2035. Après avoir longtemps tergiversé et avec l’enlisement des débats parlementaires, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) s’est faite attendre. Ce retard a eu des conséquences très concrètes : des appels d’offres stoppés et donc des entreprises en difficulté, en particulier dans les énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien. J’ai ainsi reçu de très nombreux courriers témoignant des inquiétudes profondes de l’ensemble de cette filière quant au blocage de nombreux projets. Pire, profitant de l’incohérence du camp gouvernemental, la droite et l’extrême-droite ont voté en juin 2025 à l’Assemblée nationale un moratoire sur le développement des énergies renouvelables, heureusement supprimé depuis.

Les préoccupations de cette filière d’avenir sont plus que légitimes, au regard des conséquences environnementales, économiques et sociales que pourrait entraîner l’absence de soutien des politiques publiques et d’une direction claire concernant le solaire et l’éolien. L’abandon de ces sources d’énergie, dont le coût de production est pourtant très compétitif face au nucléaire, nous semble être une erreur totale.

Plus largement, des questions majeures se posent quant à l’adéquation entre la production et la consommation d’électricité, la France connaissant actuellement une surproduction. Le retard de l’électrification des usages et la désindustrialisation semblent être les causes de cette production excédentaire. Le gouvernement a demandé un rapport sur ce sujet, attendu pour l’année prochaine. Celui-ci sera utile pour éclairer les débats.

Cela fait désormais deux ans que notre groupe Écologiste – Solidarité et Territoires s’oppose fermement au moratoire proposé par les Républicains et le Rassemblement national et insiste auprès du gouvernement pour une PPE ambitieuse. Les débats très laborieux menés dans les deux chambres du Parlement n’ont malheureusement pas permis d’aboutir à un accord, laissant cette question essentielle en suspens bien trop longtemps.

Face à cette impasse et à l’urgence de sauver la filière, le gouvernement s’est résolu à faire adopter par décret la programmation pluriannuelle de l’énergie. La feuille de route énergétique de la France vient d’être annoncée aujourd’hui même par le Premier ministre. Si nous estimons que celle-ci est largement insuffisante, elle permet au moins de fixer un cap minimal et de passer des appels d’offres. Au vu de la conjoncture actuelle, de l’absence prolongée de décisions et de l’urgence à agir, ce décret apparaît comme la moins mauvaise des solutions possibles.

Nous déplorons cependant vivement la révision à la baisse des objectifs concernant le solaire et l’éolien, et nous restons convaincus que le nucléaire ne constituera jamais une réponse à lui seul aux défis énergétiques et climatiques. S’agissant du solaire photovoltaïque, la PPE3 prévoit 48 GW de capacités installées en 2030, puis une fourchette comprise entre 55 et 80 GW en 2035. Ces objectifs demeurent insuffisants, mais ils tracent au moins une trajectoire qui ne cède pas au moratoire. Nous espérons que cette PPE3 permettra malgré tout à la filière des énergies renouvelables de se structurer et de prospérer, afin d’offrir à nos territoires des perspectives de développement réellement durables.

Pour autant, l’orientation prise par notre pays à travers ce décret n’est pas à la hauteur des enjeux. Au vu des enjeux de souveraineté énergétique, de prix de l’électricité, de transition écologique et d’aménagement du territoire qu’elle pose, la PPE nécessite un vrai débat démocratique. Je regrette donc le passage en force du gouvernement et espère que la prochaine version de la PPE ira jusqu’au bout de son étude au Parlement.

Crédit photo en une : Raimond Klavins