A l’occasion d’un numéro de la revue Le trombinoscope (décembre 2026-janvier 2026), j’ai été sollicité par ce journal pour m’exprimer sur le sujet de la rénovation énergétique des logements. J’ai donc rédigé ce texte rappelant combien ces politiques sont essentielles, y compris dans le contexte géopolitique actuel. Vous la trouverez donc en intégralité ci-dessous :
La rénovation thermique des logements est une politique on ne peut plus consensuelle et efficace. C’est bien évidemment une politique qui favorise le pouvoir d’achat, en réduisant les factures d’énergie, et la justice sociale la plus évidente, en luttant contre la précarité énergétique et l’insalubrité. C’est la politique écologique par excellence – alors que l’habitat représente 20 % de nos émissions de gaz à effet de serre – puisqu’elle opère à la fois une transition énergétique des modes de chauffage et la diminution de la consommation d’énergie pour le chauffage et le refroidissement. C’est une politique qui créé de l’activité économique partout sur le territoire et fait vivre directement ou indirectement des milliers de TPE/PME employant, à date, près de 600 000 personnes (données de la CAPEB).
C’est également une politique fondamentale de résilience et de souveraineté alors que 36 % de nos logements sont chauffés au gaz naturel dont 16 % provient encore de Russie et vient alimenter l’effort de guerre de Vladimir Poutine. Près de 4 ans après le début d’une guerre impérialiste qui menace jusqu’à l’existence de l’Union européenne, la France et l’Union, de manière totalement incompréhensible, achètent toujours à la Fédération de Russie, des hydrocarbures, de l’uranium enrichi et des engrais azotés pour des montants très nettement supérieurs à celui de l’aide que nous fournissons en parallèle à l’Ukraine pour se défendre. Cette dépendance aux ressources naturelles de l’ennemi risque de nous tuer aussi certainement que la seringue d’héroïne tuera celui qui ne parvient pas à s’en passer.
Pour toutes ces raisons, et alors que la France et l’Europe consacrent un effort budgétaire colossal à leur réarmement pour assurer la défense du contient, il est invraisemblable que la politique nationale de rénovation énergétique connue sous le nom de sa subvention phare « Ma Prime Rénov’ » fasse l’objet d’un tel abandon des pouvoirs publics, obsédés par le rabot budgétaire de courte-vue. Après un effort louable en loi de finances initiale pour 2024, avec un budget porté à près de 4 milliards d’euros, le montant de Ma Prime Rénov’ a été plusieurs fois amputé pour atteindre moins de 2 milliards dans le budget 2026 en cours d’examen, soit son niveau le plus bas depuis 2020…
Cette politique de stop and go incessant est insupportable. Elle désoriente nos concitoyens, elle insécurise les professionnels de la filière, elle fait prendre à la France un retard coupable sur ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Le rapport sénatorial transpartisan que j’ai commis en 2023 préconisait au contraire de porter les crédits de Ma Prime Rénov’ autour de 5 milliards d’euros annuels et de les stabiliser via une loi de programmation budgétaire. Notre défense en bénéficie, il n’y a pas de raison qu’une politique aussi essentielle à notre résilience n’en bénéficie pas également. Toute une filière le demande.
Si la rénovation thermique est une politique centrale de décarbonation, elle est bien plus que cela. C’est une politique indispensable d’adaptation au réchauffement climatique. Ce qui est en jeu n’est rien de moins que l’habitabilité de millions de logements, notamment de centre villes, centre-bourg, hiver comme été. La France compte près de 5 millions de passoires thermiques, plus de 15 % des résidences principales. Mais le froid, aussi terrible soit-il, est loin d’être le seul problème. Aujourd’hui, ce sont plus des deux tiers de nos compatriotes qui ont déjà souffert de la chaleur dans leur logement (source IPSOS), en 2050, ce sera, selon l’ADEME plus du quart de nos logements qui sera inhabitable l’été. Comme le grand froid, la canicule tue. Plus personne n’en doute dans notre pays depuis 2003.
Alors qu’un logement correctement conçu peut supporter, avec un bilan carbone tout à fait raisonnable, les températures extrêmes auxquelles nous seront soumis demain, saborder Ma Prime Rénov c’est sacrifier des soldats ukrainiens dans le Donbass comme nos compatriotes les plus fragiles. Un sursaut s’impose d’autant qu’un tel effort budgétaire n’emporte que des avantages !
Crédit photo en une : Brett Jordan
