Le 6 janvier, le Sénat organisait un débat sur la culture en milieu rural, à la demande du groupe écologiste, que je préside. A l’approche des municipales, ce thème n’a pratiquement pas été abordé durant la campagne en cours, et pourtant, il s’agit d’une compétence importante des municipalités, et plus largement des collectivités locales. Ces dernières ont malheureusement eu tendance à réduire, parfois très fortement, les budgets consacrés à la culture ces dernières années, afin de faire des économies. Souvent vue comme une variable d’ajustement, la culture est pourtant bien plus que cela : c’est un moyen d’enrichir sa compréhension du monde, d’être traversé par des émotions et des sentiments forts et de renforcer du lien social.
De nombreux élus locaux l’ont bien compris et apportent comme ils et elles le peuvent une aide indispensable pour monter ou sauver de très beaux projets culturels locaux, souvent portés par des associations et des bénévoles. C’est à eux que j’ai voulu rendre hommage lors de mon intervention en conclusion de ce débat. Vous trouverez ci-dessous mon propos en vidéo et sous format texte :
Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Mes chers collègues,
Nous l’avons vu durant ce débat, la culture en milieu rural ne saurait être considérée comme un supplément d’âme ou une variable d’ajustement. A l’heure où certaines collectivités locales sacrifient leur budget culturel, il faut le rappeler : la culture est un pilier de la cohésion territoriale, de l’égalité républicaine et de la vitalité démocratique de notre pays.
Dans nos communes rurales, la culture crée du lien là où les distances sont grandes, elle rompt l’isolement, elle favorise l’émancipation individuelle et collective. Elle est un des derniers vecteurs de rencontre entre les habitants, toutes générations confondues. Alors que nombre de Français ne travaillent plus dans la commune où ils résident, se croiser au cinéma, au théâtre, à la bibliothèque, dans un festival ou dans une salle des fêtes communale est essentiel pour construire des liens et se sentir appartenir à sa commune.
Comme l’a rappelé ma collègue Monique de Marco, ce sentiment a d’ailleurs tendance à s’étioler à mesure que les institutions culturelles se concentrent dans les métropoles et délaissent les zones rurales. S’il est compréhensible que les gros établissements s’ancrent dans les grands bassins de population, nos concitoyens vivant à la campagne ont eux aussi droit à la culture, aux petits et grands plaisirs et à l’émancipation qu’elle apporte.
Vu les moyens à disposition des communes, cette culture rurale repose largement sur l’engagement du milieu associatif. Associations culturelles, comités des fêtes, écoles de musique, troupes de théâtre amateur, cinémas itinérants, tiers lieux, festivals : partout sur le territoire, ce sont des bénévoles, des artistes et des acteurs associatifs qui font vivre la création, la transmission et l’accès à la culture.
Ces structures associatives sont des acteurs de proximité, profondément ancrés localement. Elles connaissent les publics, adaptent leurs projets aux réalités locales et font émerger des pratiques culturelles accessibles, inclusives et innovantes. Elles sont des espaces d’apprentissage de la citoyenneté, de l’engagement et du vivre-ensemble. Des contrats de réciprocité peuvent également se nouer avec des structures plus importantes, comme les maisons de la culture ou les opéras, créant un lien rural-urbain d’égal à égal.
Je veux ici vous donner deux exemples, dans mon territoire du Vercors, au sud de l’Isère. Le théâtre du poulailler, d’abord, au Monestier-du-Percy, lancé par Gilles Bouvier, Blandine Poulat et une poignée de passionnés il y a 10 ans. Un rêve un peu fou sur lequel peu de gens auraient parié au départ. Pourtant, il a trouvé son public et est devenu une institution ancrée dans son territoire, avec 3 représentations par semaine dans une commune de 300 habitants, à des tarifs abordables.
Second exemple : l’écran vagabond du Trièves, un cinéma itinérant existant depuis 43 ans, porté par une association regroupant plus de 130 bénévoles. Grâce à eux, tout un bassin de petites communes peut accéder à plus de 700 projections chaque année, avec un choix extrêmement varié ! Deux très belles réussites que je tiens à saluer.
Comme ailleurs en France, ces réussites reposent sur le dévouement sans faille de bénévoles et l’aide des élus locaux, qu’il s’agisse de prêter une salle, de mettre en contact des gens entre eux, d’accorder une subvention ou de communiquer sur les événements.
Pourtant, ces associations sont aujourd’hui fragilisées. La réduction des financements, la complexité administrative, la baisse du bénévolat et la difficulté à se projeter dans la durée menacent leur action. Trop souvent, les dispositifs de soutien restent inadaptés aux réalités rurales, privilégiant des logiques de projets courts au détriment d’un accompagnement pérenne.
Investir dans la culture est pourtant bénéfique tant pour l’esprit que sur le plan économique. Un concert, une séance de cinéma ou une bibliothèque font aussi vivre des cafés, des bars et restaurants, des librairies ou des gîtes. A l’heure du règne des écrans et de l’austérité généralisée qui réduit les horizons du possible, je veux donc apporter tout mon soutien au monde associatif et aux maires ruraux qui font vivre au quotidien le lien social et l’émancipation grâce à la culture.
Ces élus locaux ont un rôle clé : les politiques culturelles qu’ils et elles développent sont centrales pour dynamiser leurs territoires. L’Etat doit être à leurs côtés et aider les associations en simplifiant leurs démarches. Évitons le recours généralisé aux appels d’offres pour des petits projets, qui génèrent une complexité énorme et écartent de petites associations. Privilégions plutôt des subventions, dont les montants restent très faibles comparées aux grandes structures culturelles.
Avec ces moyens, et grâce à la ténacité des bénévoles et des élus locaux, je suis certain que nous pourrons faire vivre la promesse républicaine d’accès à la culture dans chaque village, chaque bourg, chaque territoire rural, tout en permettant une juste rémunération des artistes.
