Le 10 juin, le Sénat débattait d’une proposition de loi adoptée à l’unanimité à l’Assemblé nationale transposant les acquis du dialogue social de l’Ecole de Ski Français (ESF) aux moniteurs de ski stagiaires. Concrètement, ce texte de ma collègue députée de l’Isère Marie-Noëlle Battistel prévoit que les moniteurs de plus de 65 ans libèrent du temps de travail hors vacances scolaires aux moniteurs plus jeunes, et désormais aux moniteurs stagiaires. Un texte que j’ai soutenu au nom du groupe écologiste du Sénat, tout en insistant sur la nécessité de réfléchir à l’avenir de la profession face au changement climatique. Vous trouverez mon discours en vidéo et sous format texte ci-dessous :

Monsieur le Président,

Madame la Ministre,

Madame la Rapporteure,

Mes chers collègues,

Le texte que nous examinons aujourd’hui, adopté à l’unanimité par nos collègues députés, est modeste par son périmètre, mais important par les principes qu’il défend.

Il concerne une profession emblématique de nos territoires de montagne : les moniteurs de ski. Au nombre de 16.500, les “pulls rouges” transmettent la pratique du ski, assurent la sécurité des pratiquants et participent à la vitalité économique de nombreux massifs. La création de l’école du ski français en 1945, puis le Plan neige des années 1960 et 1970 ont en effet tourné une grande partie de l’économie montagnarde vers le tourisme de sports d’hiver, dont le ski est l’activité phare.

Au fil des décennies, cette profession a su inventer un mécanisme original de solidarité entre générations. Ce que l’on appelle le « pacte intergénérationnel » permet aux moniteurs ayant atteint l’âge légal de départ à la retraite de réduire progressivement leur activité afin de libérer des heures de travail pour les plus jeunes. Concrètement, au-delà de 65 ans, ces moniteurs seniors ne sont appelés que durant les vacances scolaires, période de forte affluence sur les pistes.

Ce dispositif, consacré dans la loi en 2014, favorise l’insertion professionnelle tout en garantissant un renouvellement harmonieux des générations. Il a fait ses preuves et bénéficie aujourd’hui d’un large soutien au sein de la profession.

Pourtant, une difficulté subsiste. Les moniteurs de ski stagiaires, qui suivent leur formation pratique et doivent accumuler des heures d’enseignement pour obtenir leur diplôme, restent exclus de ce mécanisme, alors qu’ils participent déjà à la vie des écoles de ski.

C’est précisément cette incohérence que la présente proposition de loi vient corriger. En ouvrant à ces futurs professionnels les heures libérées par les moniteurs seniors, ce texte permettra aux jeunes stagiaires de se former à leur futur métier. L’article 2 apporte par ailleurs une garantie importante pour les moniteurs diplômés en maintenant un volume minimal d’activité leur permettant de valider leurs droits à la retraite. L’ouverture du dispositif aux stagiaires ne se fera donc pas au détriment de celles et ceux qui exercent déjà la profession.

Nous sommes donc face à un texte équilibré, facilitant l’entrée dans le métier des futurs moniteurs sans fragiliser ceux déjà installés. Je tiens à remercier ma collègue députée de l’Isère Marie-Noëlle Battistel pour cette initiative, qui élargit aux stagiaires un acquis important du dialogue social de cette profession.

Pour notre groupe, ce texte porte une idée simple mais essentielle : la transmission. transmission des compétences, transmission des savoir-faire et transmission des responsabilités sont en effet le ciment de la cohésion sociale intergénérationnelle.

L’accompagnement des jeunes professionnels du ski est d’autant plus important que l’activité économique de nos territoires de montagne repose souvent sur des équilibres précaires. Comme tous les sports d’hiver, le ski dépend de l’enneigement, qui ne cesse de diminuer sous l’effet du changement climatique. Il y a cinq ans déjà, Météo France nous indiquait qu’un mois d’enneigement a été perdu en moyenne dans les Alpes en 50 ans.

Puisque cette tendance va malheureusement se poursuivre, il est important de réfléchir dès aujourd’hui à l’avenir des professionnels de la montagne, notamment en moyenne montagne. Nombre d’entre eux exercent déjà une double activité dans l’année, une pratique qu’il faudra probablement mieux encadrer à l’avenir pour tenir compte de la réduction des saisons de ski. Le dialogue social avec les professionnels de la montagne sera bien sûr déterminant pour garantir une transition réussie vers un nouveau modèle.

D’ici là, étant donné l’importance de ce texte pour les moniteurs de demain, le groupe écologiste votera naturellement en faveur de cette proposition de loi.

Crédits photo en une : Piotr Figlarz