Supprimé en 1941 par le régime de Vichy, le métier d’herboriste continue d’exister sous plusieurs formes, avec près de 6 000 exploitations agricoles en France selon FranceAgriMer, majoritairement de très petite taille (moins de 5 hectares) et des dizaines voire centaines d’herboristes de comptoir. 

Avec ma collègue Marie-Pierre Monier, sénatrice de la Drôme, nous avons eu le plaisir d’organiser le 17 avril un colloque dédié à cette profession, aujourd’hui encore largement marginalisée.

Huit ans après la mission sénatoriale conduite par notre ancien collègue Joël Labbé, qui nous a honoré de sa présence, l’objectif de ce colloque était de faire le point sur la mise en œuvre des 39 recommandations du rapport Labbé et les chantiers, notamment d’ordre règlementaire, qu’il nous faut encore mener.

Cette journée s’est structurée en trois temps et trois tables rondes :

Parmi les intervenant.es, paysan·nes herboristes et cueilleur·euses, chercheurs en pharmacie, syndicats et herboristes de comptoir, école d’herboristerie, médecins, associations, juristes qui ont partagé leurs expériences et analyses.

Nous avons commencé par une présentation de la filière de la culture/cueillette des plantes jusqu’à leur distribution aux consommateurs. 

Les discussions de la première table ronde notamment ont mis en lumière un modèle agricole particulièrement résilient et écologique :

  • très peu d’intrants
  • forte traçabilité
  • une filière parmi les plus biologiques (≈28 %)
  • circuits courts (vente directe, Biocoop…)
  • ancrage territorial et lien social avec les consommateurs
  • une diversité exceptionnelle (jusqu’à 300 plantes utilisées)
  • des marchés en forte croissance (cosmétiques, bien-être, phytothérapie…)

Comme le souligne François Léger, ces petites exploitations sont économiquement viables et résilientes, grâce à leur ancrage territorial, leur intégration dans des réseaux locaux et des logiques de coopération.

Parmi les différents métiers, celui des cueilleur·euses est essentiel puisque 80 % des plantes utilisées ne sont pas cultivées, ce qui permet une forte traçabilité. Ils et elles jouent également un rôle de régulation des espaces et parfois de prévention, notamment dans les cas d’incendies dans le sud de la France.

Les herboristes de comptoir jouent un rôle clé de conseil et de sécurisation des usages, en permettant de lutter contre les effets de mode et les mauvaises pratiques (notamment issues des réseaux sociaux). Ils sont complémentaires de la pratique des pharmaciens (quand les pharmaciens ne pratiquent pas eux même l’herboristerie). Et dans certains territoires ruraux, ils sont parfois plus présents que les praticiens de santé traditionnel. 

Et pourtant : pas de statut agricole reconnu, peu ou pas d’accès à la PAC, des revenus inexistants ou faibles.

Ce manque de reconnaissance se répercute également sur les consommateurs, avec un risque réel de dérives faute d’encadrement.

C’est dans la deuxième table ronde que nous avons discuté de la structuration de la filière incluant les problématiques de reconnaissance des métiers et de formation des futurs professionnels.

La filière se structure néanmoins comme l’a montré la seconde table ronde où ont été évoqué les travaux sur l’élaboration d’un titre de paysan – herboriste mais également le rôle des écoles d’herboristerie et les réflexions sur la création d’un référentiel métier des herboristes de comptoir

Face à la crise écologique et à la dégradation de la biodiversité, les professionnels demandent un véritable encadrement de leurs pratiques afin de prévenir les dérives et les excès, un encadrement qui passe nécessairement par une reconnaissance de leur métier.

Une réflexion sur la nécessité de sécuriser juridiquement la filière (reconnaissance statutaire des métiers, assouplissement de la liste des plantes médicinales en vente libre et de certaines allégations de santé/bien-être).

La 3e table ronde a permis de se pencher sur les problématiques juridiques et règlementaires. 

Les pharmacien·nes eux-mêmes sont confronté·es à ces manques : si près de 80 % d’entre eux se déclarent prêts à s’y engager davantage, cette volonté se heurte à un manque de structuration de la filière et à des difficultés en matière de traçabilité.

Il y en va de même pour les médecins. La pratique de phytothérapie n’est ni reconnue, ni encadrée, ni enseignée, ni conventionné. 

Par ailleurs, si plusieurs centaines de plantes sont inscrites à la pharmacopée, seules 148 plantes peuvent aujourd’hui être vendues librement en dehors des pharmacies. Les autres restent soumises au monopole pharmaceutique, ce qui limite fortement l’activité des herboristes.

De la même manière, toute allégation de santé, même s’agissant des petits maux du quotidien, demeure interdite s’agissant des plantes médicinales. Pas le droit de dire que le thym aide à combattre un petit rhume ou que la mélisse favorise la digestion… 

Sur le plan juridique, bien des batailles restent à mener, notamment au plan européen. Il nous faut œuvrer au côté de la filière à poursuivre la mise en place des recommandations du rapport Labbé et même aller plus loin en permettant la reconnaissance du métier d’herboriste. 

La matinée a également été agrémenté deux cartes blanches très différentes : 

Emmanuelle Bernier herboriste et éleveuse nous a livré un témoignage poignant sur la manière dont elle reconstruisant son activité dans les Corbières (Aude) après les terribles incendies qui ont ravagé le département il y’a deux ans. Elle a aussi expliqué comment sa pratique pouvait permettre de circoncire la portée des prochains feux.

Emmanuel Delafon, PDG de Chartreuse diffusion a rappelé comment l’herboristerie était au cœur de l’activité des moines chartreux et de la production de liqueur depuis huit siècles et comment son entreprise développait une gamme supplémentaire de produit à base de plante. L’Herboristerie peut également intéresser des entreprises à diffusion mondiale. 

Reconnaître l’herboristerie comme une forme de soin complémentaire de la médecine traditionnelle, c’est :

  • créer des diplômes et formations reconnus
  • accompagner la structuration  d’une filière d’avenir
  • soutenir des formes agricoles durables
  • garantir la qualité et la sécurité pour les consommateurs
  • reconnaître et encadrer la cueillette sauvage
  • protéger les ressources naturelles
  • relocaliser une production aujourd’hui largement importée
  • garantir une rémunération juste
  • sécuriser tous les acteurs et toutes les actrices de la filière 
  • élargir la liste des plantes en vente libre
  • permettre certaines allégations de santé étayées

Il nous faut collectivement œuvrer dans cette direction. 

Retrouvée l’intégralité du colloque : (lien YouTube) 

Merci à Joël Labbé, Marie-Pierre Monnier, Marie Pochon, Marie Le Roy, François Léger, Emilie Pascal, Alix Courivaud, Marion Blandin, Célia Despax, Adeline Gadenne, Emmanuelle  Bernier, Emmanuel Delafon, Thierry Thevenin, Sandrine Lamoulie-Ferrier, Françoise Pillet, Sabrina Boutefnouchet, Aline Mercan, Thierry Hennebelle, Flavien Meunier, Nicolas Choisis