Dermatose nodulaire, fièvre catarrhale ovine, maladie hémorragique épizootique, peste porcine africaine, influenza aviaire, tuberculose bovine… Les maladies qui touchent l’élevage, les épizooties, ne sont plus des crises isolées : elles se succèdent, se répètent et s’intensifient. Ces maladies ont des conséquences graves pour les filières d’élevage, soulèvent des enjeux sanitaires, économiques et sociaux majeurs et représentent un véritable défi pour notre système agricole et sanitaire.

Avec mon collègue Daniel Salmon, sénateur d’Ille-et-Vilaine, nous avons donc organisé au Sénat un colloque à ce sujet. Le vendredi 20 février, nous avons eu la chance de rencontrer de nombreux professionnels de la question : juristes, ingénieurs, agriculteurs, vétérinaires, sociologues, biologistes, chercheurs sont venus partager leurs travaux riches et pointus. Ces tables rondes étaient précisément l’occasion de prendre le temps, de prendre du recul, pour réfléchir à cet enjeu de manière globale.

Face à la dermatose nodulaire par exemple, l’État a imposé depuis juin l’abattage total et systématique du troupeau lorsqu’un cas est détecté dans un élevage. Plus de 3 000 bovins ont ainsi été abattus. C’est une décision qui a souvent été mal comprise, prise sans réelle concertation, sans accompagnement et sans recul scientifique.

Nos discussions ont démontré la nécessité d’un protocole global et d’une coordination nationale, intégrant pleinement les agriculteurs et agricultrices sur le terrain, qui doivent être acteurs des discussions et des décisions prises. Mais aussi une adaptation à certaines situations spécifiques car les abattages totaux ne peuvent constituer une réponse unique et systématique. Nous devons co-construire, avec l’ensemble de la profession agricole et au plus près des territoires, une stratégie sanitaire renouvelée : favoriser l’élevage de plein air lorsque cela est possible, faciliter l’accès aux vaccins, mobiliser des moyens adaptés lorsque les abattages sont inévitables.

Les indemnisations doivent également être ajustées aux différents types de structures et de modèles, notamment pour l’agriculture biologique. Un accompagnement psychologique des éleveurs doit aussi être prévu face aux situations éprouvantes qu’ils traversent.

Le financement de la recherche constitue également un enjeu central pour mieux comprendre et affronter ces maladies, et cela sur le temps long. Or, nous le déplorons, ce secteur a récemment été touché par une coupe budgétaire dans la dernière mission Agriculture du budget.

Il devient indispensable d’adapter notre système pour mieux gérer ces maladies, mais surtout pour mieux les prévenir, en tenant compte de nos écosystèmes et en privilégiant des modèles plus résilients.La répétition de ces crises met en évidence les limites de notre modèle agricole actuel : développement de l’élevage intensif, concentration des exploitations, effets du changement climatique, mondialisation des échanges.

À défaut d’anticipation et de réponses réellement adaptées, nous continuerons à générer de la souffrance animale, de la souffrance humaine, des pertes économiques majeures, mais aussi des pertes génétiques parfois irréversibles, notamment pour les races à petit effectif. C’est l’ensemble de la filière qui en subit les conséquences.

Nous remercions chaleureusement tous nos intervenants et les personnes qui ont participé à l’organisation de cette journée. Merci à Pauline Ezanno, Fabienne Grebert, Eugénie Duval, Anatole Poinsot, Xavier Bailly, Stéphane Galais, Dorian Nicolle, Eric Meens, Jocelyne Porcher, Sébastien Mouret, Robin Petit-Roulet, François Charrier, Eric Cardinale, Marie-Christine Legal, Sophie Guillon et Benoit Biteau.

Merci également à tous les participants sur place et en visio-conférence.