Ce 27 octobre, le Sénat examinait la loi dite « casseurs payeurs », pour l’instant la seule réponse législative à la colère des lycéens, des gilets jaunes et des salariés qui se mobilisent pour le renforcement des services publics et le pouvoir d’achat. Le fait que le Gouvernement ait pour seule réponse un énième texte répressif en dit long sur sa perte de contrôle et sur son décalage avec les attentes des Français.

Surtout, ce texte pose d’énormes problèmes pour nos libertés, et notamment celle de manifester, qui a pourtant valeur constitutionnelle. Il prévoit en effet que toute personne ayant participé à une manifestation durant laquelle des dégradations matérielles sont commises soit considérée comme « solidaire » des casseurs et puisse donc être poursuivie pour ces actes, même si il ou elle ne les a pas commis ! Rappelons ici que l’écrasante majorité des manifestants sont pacifiques et rejettent les casseurs, qui desservent les mouvements sociaux et pourrissent la vie des commerçants, des pompiers et des agents de propreté urbaine. Faire payer des gens qui n’ont jamais commis de dégradations, jusqu’à 10.000€, est une folie visant en réalité à terroriser un peu plus la population et à la décourager de se rendre en manifestation. A la répression policière et judiciaire, le Gouvernement, avec l’aide de la droite sénatoriale et de l’extrême-droite, ajoute maintenant la répression financière.

Certes, le gouvernement invoque des garde-fous dans son texte : on ne serait considéré comme faisant partie d’un « groupement constitué en vue de commettre des violences » que si l’on est encore présent après une sommation des forces de l’ordre invitant à se disperser. Sauf que la réalité des manifestations est très différente : les sommations sont rarement entendues par les manifestants, voire pas du tout données par les forces de l’ordre avant une charge et des interpellations. Par ailleurs, la généralisation des « nasses » (blocage de tous les points de sortie d’une manifestation par les policiers) empêche justement la dispersion des manifestants et pose de vrais dangers (mouvement de foule, asphyxie par le gaz lacrymogène…).

Durant les débats au Sénat, j’ai donc pris la parole contre cette loi liberticide en invitant le ministre de l’Intérieur à venir en manifestation pour voir la réalité du maintien de l’ordre, dont j’ai pu observer encore récemment à Grenoble combien il ne correspond en rien à ce qu’affirme le ministre. J’ai évidemment aussi dénoncé la mesure phare du texte.

J’ai également pris la parole plus tard dans la soirée pour dénoncer l’article 4 de cette loi, qui permet de ponctionner les amendes pour rembourser les dégâts commis sur les allocations familiales, les aides au logement et le RSA, en ne laissant qu’un « reste à vivre ». Cette ponction sur les allocations sociales fait porter la responsabilité de dégradations sur des proches de personnes ayant commis des violences – ou considérées comme telles – simplement pour s’être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Ces personnes ne sont pourtant pas responsables des dégâts et les frapper au portefeuille va encore aggraver leur situation souvent précaire. C’est une véritable honte.

Malgré une forte mobilisation de la gauche sénatoriale, qui a unanimement voté contre ce texte, celui-ci a été adopté par la majorité de droite et du centre, avec le soutien du groupe du Rassemblement national.

Crédit image en une : Pierre-Louis Mièze