Alors que le contexte international est éruptif, le gouvernement souhaite actualiser la loi de programmation militaire, votée pourtant en 2024, pour augmenter à nouveau les dépenses militaires. Le Sénat organisait aujourd’hui un débat sur le sujet, dans lequel j’ai rappelé les fondamentaux de notre groupe écologiste. Tout d’abord, la hausse du budget de défense ne doit pas se faire au détriment des autres services publics, mais bien en mettant à contribution les plus riches et les grandes entreprises, qui profitent aussi de la guerre. Ensuite, nous devons mutualiser davantage nos efforts de défense à l’échelle européenne, afin d’être plus efficaces, et nous sevrer des hydrocarbures afin d’être plus résilients. Enfin, l’effort de défense ne peut se faire sans renforcer
Vous pouvez retrouver mon intervention en vidéo et sous format texte ci-dessous :
Merci Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Monsieur le Président de la commission,
Chers collègues,
Organiser ce débat alors que le projet de loi d’actualisation de la loi de programmation militaire est actuellement examiné à l’Assemblée nationale et que notre commission conduit ses auditions préparatoires à son examen au Sénat dans quelques semaines, peut surprendre. Je crois, Madame la Ministre, qu’il dit beaucoup de la préoccupation du Parlement à examiner ce texte d’importance dans de bonnes conditions de débats. Conditions que le Gouvernement n’a pas assurées jusque-là…
En effet, de concertation avec les représentants de la Nation, en particulier de l’opposition, il n’y a pas vraiment eu. Votre Gouvernement minoritaire aurait pu proposer une méthode plus aboutie pour construire un texte censé rassembler la Nation et ses représentants face aux périls qui nous menacent…
Car le constat géopolitique et les « enjeux stratégiques » – pour reprendre les termes de notre débat – auxquels entend répondre cette actualisation de la LPM sont largement partagés sur ces bancs.
Tout le monde a constaté depuis un an que Washington n’est plus notre allié. Il n’est d’ailleurs plus l’allié de personne, à part peut-être d’Israël. Deux dirigeants fascisants et belliqueux se sont mis d’accord pour lancer une guerre indigne, irréfléchie et contre-productive, violant tous les principes du droit international et plongeant le monde dans une crise économique qui pourrait être la pire depuis 1973…
En quelques années, nous sommes passés d’un, désormais ancien, « nouvel ordre mondial » sous le leadership des Etats-Unis « gendarme du monde » à un monde chaotique régit par l’appétit des empires. Les Etats-Unis désormais centrés sur eux-mêmes et placés sous la coupe d’un président autoritaire et erratique, sont devenus l’un des principaux instigateurs du désordre mondial.
Abandonnée par les Etats-Unis, agressée par la Russie, totalement dépendante économique de la Chine, la position de l’Europe dans ce nouvel ordre impérial est précaire. Il ne fait aucun doute à nos yeux qu’elle doit renforcer les moyens de sa souveraineté militaire, mais pas que. Dans un monde totalement interdépendant, nous ne pouvons pas continuer d’acheter des hydrocarbures et de l’uranium à nos agresseurs.
L’Europe doit renforcer sa souveraineté pour survivre mais aussi pour préserver les acquis de l’après 2e guerre mondiale : la démocratie, la liberté, le droit international et une relative paix mondiale. L’Europe doit se renforcer pour perdurer elle-même et pour faire perdurer partout dans le monde les idéaux à l’origine même de la création de l’Union européenne.
Aussi, nous souscrivons à la nécessité de renforcer nos arsenaux et les moyens de nos armées mais à plusieurs conditions :
- Tout d’abord en obérant aucun autre service public et en allant chercher des financements complémentaires en faisant contribuer nos compatriotes les plus aisés et les profits exceptionnels des grandes entreprises, notamment dans la Défense.
- Ensuite en poussant beaucoup plus loin la logique d’intégration de notre effort militaire. En 2025 les dépenses militaires des pays de l’UE atteignaient près de 500 milliards de dollars (et près de 600 en y associant le Royaume-Uni). C’est nettement plus que la Chine (335 Md) et la Russie (190 Md). Tant par souci d’économie budgétaire que par nécessité d’efficacité politique et militaire, il nous faut renforcer la défense européenne et pas uniquement la défense française au sein de l’Europe. Cette LPM ne pose pourtant aucune direction claire en la matière.
- Il convient également que cet arsenal renforcé soit une garantie de paix mondiale, un bouclier pour la défense de l’Europe et du droit international à commencer par l’Ukraine. Il ne doit en aucun cas ajouter du chaos au chaos en armant des pays autoritaires et belliqueux. C’est pourquoi la diplomatie est la grande absente de nos débats : sans elle et sans notre aide publique au développement, nous sommes condamnés aux affrontements armés interminables. Nous ne pouvons avoir une armée forte sans diplomatie forte.
- Enfin, il me revient encore une fois de rappeler que le seul effort militaire n’est en aucune façon une condition suffisante de notre souveraineté et notre autonomie stratégique. Le blocage du détroit d’Ormuz vient une nouvelle nous jeter à la figure la fragilité extrême qu’engendre notre dépendance aux hydrocarbures. L’économie de guerre est donc indissociable d’une écologie de paix.
Le défi de l’autonomie européenne est colossal mais nous avons les moyens de nos ambitions à condition de travailler beaucoup plus collectivement entre européens.
Voilà Madame la Ministre pour ce 1er échange de vue dans les 5 minutes imparties pour traiter des sujets si complexes.
Crédit photo en une : Ecole polytechnique / Institut Polytechnique de Paris / Jérémy Barande
