Le blocage du détroit d’Ormuz et la crise énergétique mondiale qu’il a généré fait repartir l’inflation à la hausse. Les salaires continuent en revanche largement à stagner, entraînant une paupérisation. Ce phénomène est particulièrement fort dans la fonction publique, qu’elle soit d’Etat, territoriale ou hospitalière, avec désormais 15% des agents de l’Etat qui se retrouvent sous le SMIC, seul salaire encore indexé sur l’inflation. Si une indemnité compensatoire est versée pour combler la différence, de vrais problèmes de prise en compte des niveaux hiérarchiques, d’attractivité du secteur public et de cotisations pour la protection sociale se posent. J’ai donc interpellé le gouvernement via une question écrite sur le sujet, que vous trouverez ci-dessous, ainsi que sur le site du Sénat :
Monsieur Guillaume Gontard interroge le ministre de l’Action et des comptes publics sur le rattrapage des salaires des fonctionnaires par le SMIC et la perte d’attractivité du service public.
Alors que l’inflation s’accélère avec la crise énergétique, le pouvoir d’achat des Français s’érode. En dehors du SMIC, indexé sur l’indice des prix à la consommation, les autres rémunérations dépendent en effet des négociations salariales au sein des entreprises ou des administrations. Or, l’augmentation régulière du SMIC conduit à ce que de plus en plus de salariés se retrouvent au salaire minimum.
Cet effet de rattrapage est particulièrement marqué dans la fonction publique. En janvier 2026, 356.000 agents avaient déjà basculé sous le SMIC. Avec la nouvelle hausse de 2,41% au 1er juin 2026, ce sont désormais 862.000 fonctionnaires qui sont dans ce cas. soit près de 15% des effectifs des trois fonctions publiques. Une très grande partie des fonctionnaires de catégorie C et une part des agents en milieu de grille B, comme les secrétaires administratifs, les rédacteurs territoriaux, les animateurs, les assistants socio-éducatif et les aide-soignants, sont concernés.
Comme le prévoit le décret n° 91-769 du 2 août 1991, des indemnités compensatoires correspondant à la différence entre les salaires de ces fonctionnaires et le SMIC leur ont bien été versées, de vrais problèmes se posent. Ce rattrapage des salaires par le SMIC empêche en effet la prise en compte des grades obtenus par concours par les fonctionnaires, ainsi que de leur ancienneté. Quinze années d’ancienneté en C1 ne produisent ainsi plus aucun effet sur la composante indiciaire de la fiche de paie.
Certes, des primes peuvent venir s’ajouter à cette base de salaire, notamment pour tenir compte de l’ancienneté et des échelons hiérarchiques. Mais contrairement aux salaires, les primes ne comportent pas de cotisations sociales et ne sont pas comptabilisées dans les droits à la protection sociale. Ainsi, la retraite future des fonctionnaires est en train de subir le coût de ce manque de revalorisation.
Enfin, ce contexte d’érosion du pouvoir d’achat pèse sur l’attractivité de la fonction publique. D’après les dernières statistiques disponibles de la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP), portant sur l’année 2023, 11% des postes ouverts n’avaient pas trouvé preneurs. Par ailleurs, la sélectivité des concours est en baisse continue depuis 2010, avec en moyenne 4,7 candidats pour un admis.
Il est malheureusement à craindre que ces chiffres aient empiré depuis, puisqu’aucune revalorisation du point d’indice de la fonction publique n’a eu lieu depuis le 1er juillet 2023. Alors que la situation est de plus en plus intenable, le gouvernement se refuse toujours à une négociation salariale et a seulement proposé un cycle de discussion, boudé par les huit syndicats de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP), qui ont écrit au Premier ministre pour demander une revalorisation du point d’indice.
Ainsi, il souhaite savoir comment le gouvernement entend répondre à la crise de pouvoir d’achat des fonctionnaires et surtout si une revalorisation du point d’indice, équivalente au moins à l’inflation cumulée depuis 2023, est envisagée pour payer correctement les serviteurs de l’Etat et rendre la fonction publique à nouveau attractive.
Crédit image en une : Amin Zabardast
