Comme chaque année le 19 mars, j’ai pris part aux cérémonies du cessez-le-feu acté par les Accords d’Évian de 1962, marquant la fin officielle de la Guerre d’Algérie. Cette année, je me suis rendu à Monterrat pour honorer cette mémoire.

Comme le rappelle l’historien Benjamin Stora dans son rapport officiel de 2021 remis au président de la République, malgré ce cessez-le-feu, les violences se sont en réalité poursuivies après le 19 mars 1962. 

Cette guerre coloniale a profondément marqué des générations entières, en France comme en Algérie. Entre 1954 et 1962, les historiens estiment entre 300 000 et 500 000 morts côté algérien, et environ 25 000 côté français. 1,5 à 2 millions de Français ont été mobilisés et près de 2 millions d’Algériens ont été déplacés dans des camps, et environ 800 000 pieds-noirs ont fui l’Algérie en 1962.

Malgré son ampleur, il faudra attendre 1999 pour que le terme officiel de « Guerre d’Algérie » soit reconnu en France. Aujourd’hui, nous rendons hommage à toutes les victimes : soldats français, combattants pour l’indépendance, civils, personnes contraintes de participer à cette guerre ou déplacées.

Mais commémorer, ce n’est pas seulement se souvenir. C’est aussi regarder l’histoire en face. Reconnaître la réalité du passé colonial de la France en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Reconnaître les violences commises. Reconnaître les mémoires multiples de celles et ceux qui ont vécu cette guerre : anciens combattants, familles algériennes, Harkis, pieds-noirs ( plus de 35 000 pieds-noirs vivent dans le département de l’Isère) et les objecteurs de consciences qui ont refusé d’y participé.

Dans un contexte où l’histoire est parfois instrumentalisée, et où des logiques coloniale persistent, il est de notre responsabilité collective de rappeler l’histoire et de nommer ce qui se déroule aujourd’hui, notamment à Gaza et en Cisjordanie La France et l’Algérie ont depuis toujours noué des relations particulières. Après la tentative irresponsable de l’ancien ministre Retailleau d’abîmer cette relation, notre diplomatie doit aujourd’hui retrouver le dialogue et relancer notre coopération bilatérale.

Le 19 mars doit être une journée de recueillement, mais aussi une exigence politique : celle de la lucidité face à l’histoire coloniale, et de la reconnaissance inconditionnelle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.