Depuis plusieurs mois, les lycéens, lycéennes, les étudiant•es et les enseignant•es se mobilisent pour de meilleures conditions d’études et d’exercice de leur métier.

La contestation a démarré fin août avec la grève de collectifs d’enseignants et de parents d’élèves qui dénonçaient, à Mayotte, les classes surpeuplées et le manque de moyens dans leurs lycées. Le 7 septembre, les élèves du lycée Félix-Eboué à Cayenne en Guyane se sont à leur tour mobilisé•es pour dénoncer leurs conditions d’études et demander davantage de moyens. Le 17 septembre, la contestation s’est étendue en France métropolitaine, à Créteil d’abord, en Ile de France ensuite puis sur l’ensemble du territoire. Les lycéens et les lycéennes ont des revendications claires et simples : pouvoir étudier, grandir, travailler et s’épanouir dans un pays qui le leur permet.

En Isère, j’échange depuis le début des mobilisations avec les lycéen-nes mobilisé-es. Leurs demandes sont précises et simples : davantage de moyens humains pour assurer leurs enseignements et leur prise en charge (notamment au niveau de la santé), une meilleure prise en compte de la santé mentale des élèves, la revalorisation du métier de professeur•e, l’abrogation de Parcoursup et l’application du droit à la poursuite d’études, une meilleure lutte contre le décrochage et contre le harcèlement scolaire, la rénovation de leurs établissements pour anticiper les périodes de grand froid et de fortes chaleurs, un soutien à l’achat de manuels et de livres scolaires, l’amélioration (voire la création) de cantines, l’aménagement et la refonte des rythmes scolaires ou encore davantage de moyens pour une école réellement inclusive.

Afin qu’ils et elles puissent porter leurs voix au Sénat, j’ai convié 5 lycéen-nes mobilisées au Sénat le mercredi 14 octobre dernier. Nous avons échangé sur leurs revendications et leur réalité avec elleux et Arnaud Bonnet, député de Seine-et-Marne et ma collègue Cyrielle Chatelain, députée de l’Isère, qui leur a également fait visiter l’Assemblée nationale. Ils et elles ont pu réaliser une interview avec Public Sénat et nous avons préparé ensemble l’audition du Ministre de l’éducation nationale que je menais l’après midi en commission culture et éducation. Enfin, ils et elles ont pu assister en tribune aux questions d’actualités au Gouvernement, dont la plupart portait sur le sujet du mouvement lycéen.

Toustes ont été très choqué-es des réponses du Premier ministre, qui n’a pas eu un mot pour les lycéen-nes blessé-es par les forces de l’ordre et qui a balayé d’un revers de main leurs revendications. Les jeunes s’élèvent aujourd’hui pour demander une République où ils et elles peuvent grandir, étudier, travailler et s’épanouir dans de bonnes conditions. Une République qui les respecte, toutes et tous, indifféremment de leur couleur de peau ou de leur origine sociale. Une République qui les écoute, qui leur fait de la place et qui tient ses promesses.

Depuis deux mois, une répression policière aveugle et sourde s’abat sur celles et ceux qui manifestent pour leurs droits. Dans mon département, en Isère, ce sont des propos racistes, sexistes, des violences sexuelles et des matraquages en série qui m’ont été rapportés et dont les auteurs ne peuvent être identifiés faute de port de leur RIO. C’est inadmissible.

J’ai signalé l’ensemble des faits portés à ma connaissance au Procureur de la République de Grenoble et à la Préfète de l’Isère (voir ci-dessous) et demandé l’engagement de poursuites ainsi qu’un changement immédiat de stratégie de maintien de l’ordre.

La responsabilité du pouvoir en place est immense. D’abord, par son incapacité à assurer le droit de manifester et la sécurité. Ensuite, et surtout, par le mépris honteux affiché depuis plusieurs mois envers les revendications lycéennes. Le Gouvernement est toujours dans l’incapacité de proposer un avenir à nos jeunesses et à annoncer des mesures fortes, ambitieuses pour répondre aux maux de notre société. Il refuse de considérer les inégalités grandissantes, les discriminations permanentes, les divisions savamment orchestrées et les privilèges toujours plus révoltants. C’est le bilan d’une décennie de pouvoir sourd et aveugle, qui a saccagé notre pays et continue d’attiser les haines et les divisions.

Je continuerai à me battre pour d’autres choix politiques, et à demander au Premier ministre d’agir pour faire cesser la répression des manifestations et les multiples atteintes à notre Etat de droit. Sa stratégie de pourrissement de la situation n’a que trop duré: des réponses à la hauteur des enjeux doivent être apportées aux jeunes et à l’ensemble de nos concitoyen-nes mobilisé-es pour leur avenir et notre futur commun.

Mon courrier à la préfète de l’Isère :

Madame la Préfète,
Partout en France, y compris dans l’agglomération grenobloise, des lycéens et des lycéennes se mobilisent pour obtenir des conditions d’étude dignes, des professeurs devant leurs classes, des bâtiments rénovés, du matériels adaptés et en quantité suffisantes et s’élèvent tout autant contre Parcoursup.

En notre qualité de députée et de sénateur, nous souhaitons attirer votre attention sur la responsabilité particulière qui incombe aux forces de l’ordre lorsqu’elles interviennent auprès de lycéens et lycéennes, dont l’immense majorité est mineure. Des témoignages très inquiétants nous sont parvenus, faisant état de comportements inappropriés de la part de certains membres des forces de l’ordre. Ainsi, nous avons eu connaissance de nombreux coups violents qui ont été portés par plusieurs agents des forces de l’ordre sur un jeune lycéen devant le lycée Marie-Curie à Echirolles hier en milieu de journée. Comme en témoigne la vidéo que nous joignons à notre courrier, l’usage de la force est totalement disproportionné. En plus de subir des coups répétés et un plaquage ventral violent, le jeune homme est violemment couché et maintenu au sol par un agent faisant usage d’une clé d’étranglement, qui en raison de sa dangerosité, n’est plus censée être pratiquée depuis le 30 juillet 2021.

Dans une décision du 1er avril 2026, Claire Hédon, Défenseure des droits, avait notamment rappelé qu’une clé d’étranglement était un « usage manifestement disproportionné de la force ». En l’espèce, l’utilisation de cette technique d’immobilisation avait couté la vie à Cédric Chouviat, le 3 janvier 2020. La France a été condamnée à de nombreuses reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour violation des articles 2 (droit à la vie) et 3 (interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants) pour l’usage, par des agents des forces de l’ordre, de gestes d’interpellation disproportionnés ou prolongés provoquant l’asphyxie. Cette semaine, des agents de police auraient affirmé à des jeunes filles « qu’ils ne viendraient pas » si elles
subissaient un viol.

L’autorité et les prérogatives attachées à l’uniforme et à la fonction ne sauraient jamais être utilisées pour intimider, humilier ou exercer une pression injustifiée sur de jeunes manifestants et manifestantes. Des propos insultants ou menaçants, des gestes violents, des coups ou encore des menaces et formes de chantage ne peuvent trouver leur place dans une intervention des forces de sécurité. Des obligations de respect de la dignité, de courtoisie et d’exemplarité incombent également aux policiers et aux gendarmes.

Le rôle des forces de police est de permettre l’exercice de la liberté de manifestation tout en assurant la sécurité de l’ensemble des personnes présentes : manifestants, riverains, usagers de l’espace public et personnels mobilisés. Face à des jeunes, mineur-es pour la plupart, l’autorité doit d’abord se traduire par la capacité à prévenir les tensions et à désamorcer les situations conflictuelles. Ce rôle est essentiel et nous avons conscience qu’il est difficile dans une période de fortes tensions. Nous déplorons que plusieurs policiers, gendarmes et personnels de l’éducation nationale aient été blessés et exprimons le souhait que les rassemblements puissent se dérouler dans le respect des principes de l’action non-violente.

Ainsi les rassemblements pacifistes doivent pouvoir se dérouler sans intervention policière conformément aux droits à la liberté d’expression, à la liberté d’association et à la sécurité consacrés par la Convention européenne des droits de l’homme et à l’article 15 relative de la convention relative aux droits de l’enfant. Cette exigence n’exclut évidemment pas l’intervention des forces de l’ordre lorsque celle-ci est nécessaire pour prévenir ou faire cesser des violences, protéger les personnes ou constater des infractions. Elle
implique cependant que toute intervention soit strictement adaptée aux circonstances, nécessaire et proportionnée à la situation rencontrée.